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Grille de mise en page

Grille de mise en page : principe et utilisation

La grille est un élément déterminant de la mise en page, permettant de structurer le format. Elle est incontournable pour les documents d'édition, numérique ou les formats de presse. Voici quelques clés pour comprendre son intérêt.

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Pour faire court

La grille de mise en page a été théorisée par le graphiste suisse Joseph Muller Brockmann dans les année 1960, notamment dans son ouvrage Grid Systems in Graphic Design. Elle permet de découper le format dans sa largeur (et plus tard dans sa hauteur) en plusieurs parties égales, séparées par des espaces verticaux. L'usage des colonnes ainsi créées permet de travailler avec des « zones », proportionnelles entre elles, ce que l’œil du lecteur perçoit immédiatement.

Pour consulter l'ouvrage, c'est ici : Grid Systems in Graphic Design

Déjà une question de format

Au départ, il y a le format. Le format c’est quelque chose ! Etant donné que le travail se fait en deux dimensions, le format c’est donc la largeur et la longueur. Dans ce format, c’est là que tout va se passer. Ce qui induit une notion maîtresse en art graphique : la notion de limite. Il y a une zone définie, finie, avec des bords. Ainsi, le hors-champs, le non montré, le "en dehors du cadre" doit également être pris en compte. C’est dans la zone active, visible, que va se déployer la mise en page. C’est dans cette surface que la mise en scène des éléments graphiques va se faire : typographie, photo, illustration, formes, etc.  Comment les positionner dans cette surface ? La grille va nous y aider, en fournissant des repères de positionnement cohérents entre eux et avec le format. En somme, la cohérence des parties entre elles et avec le tout.

Ensuite, une question de lisibilité

Déjà au XVe siècle, Gutenberg utilisait une grille puisqu’il scindait en deux colonnes sa fameuse B42, la bible à 42 lignes.

Primordialement, il faut considérer la lisibilité du texte. Une ligne est constituée d’un certain nombre de signes, espace compris. Si la longueur de la ligne (on parle de sa « justification ») est trop longue, l’œil se fatigue beaucoup plus vite. Au-delà de 60 à 80 signes, la longueur devient trop importante et l’œil se décourage. Bien qu’elle ne soit pas la seule composante de la lisibilité, la grille, et donc l’agencement dans la page qu’elle sous-tend, contribue grandement à la lisibilité. Le retour à la ligne imprime un rythme à la lecture. Il opère des relances naturelles qui permettent de garder sa concentration du lecteur. Mais ce n’est pas tout. Un pavé de texte composé en justification courte semble plus « digeste » que le même texte composé en justification longue. Jugez plutôt :

Les colonnes contribuent donc, en premier lieux à la lisibilité et au confort de lecture.

La circulation des blancs

La grille permet, par ses gouttières (espace entre chaque colonne), de faire circuler les blancs dans la page. Et cette respiration est cruciale, notamment lorsque la quantité de texte mise en page est importante. Pourquoi ? Tout simplement parce que les blancs segmentent l’information et permettent de faire respirer la page. Si l'on ajoute aux gouttières qui séparent les colonnes les sauts de lignes et sauts de paragraphes, on obtient naturellement une circulation des blancs qui rythme la page.

Sans respiration, pas de lisibilité donc pas de lecture. C’est comme en musique. Les silences sont nécessaires au rythme. Tout comme la lumière émerge de l’ombre, les blancs de la page s’équilibrent, se contrastent, s’oppose, dialogue avec les « masses ». La grille offre une structure, une matrice à cette complémentarité qui ouvre la voie vers l’harmonie. Mais parlons un peu de rythme.

Le rythme, c’est la vie

Comme en musique, le rythme est un élément constitutif de la mise en page. L’une de ses particules élémentaires, au même titre que le contraste ou la perception colorée. Mais le contraste est la notion qui amène le rythme. Car comment rythmer sans faire dialoguer les opposés. Noir / blanc, ombre / lumière, chaud / froid, rapide / lent, etc. Mais qui dit rythme, dit aussi répétition, cycle et, partant, ordre. Car comme l’écrit si bien Adrien Frutiger dans l’"Homme et ses signes", l’ordre est partout de l’infiniment petit à l’infiniment grand. Aussi convient-il de s’en préoccuper, au minimum, voire de chercher à le maîtriser. Or qu’est-ce que le rythme si ce n’est le rapport entre le fragment et le tout, entre la partie et totalité ? On n’imagine pas une musique qui changerait huit fois de rythme. La même règle est vraie pour la mise en page : la grille qui est la trame du rythme ne doit pas être changée au gré de la mise en page, au risque que l’ensemble ne devienne épileptique. Mais allons plus loin : la grille, comme le tempo, est le cycle invisible qui sous-tend l’ensemble de la structure. Il se divise proportionnellement, se marque ou ne se marque pas, se fusionne, se syncope, etc. Il est important de s'en souvenir lorsque l'on compose.

Un exemple de variation avec une grille trois colonnes :

Les mots en dessous de chaque composition sont un représentation rythmique de la lecture, compte tenu de l'importance de la masse dans la page et de sa proximité avec les autres masses. On peut faire un vrai parallèle, souvent établi par bien des graphiste / peintres / plasticiens comme Kandinsky, entre graphisme et musique. Une musicalité, sous l'aspect percusif, émerge alors et opère une synéthésie entre son et image. Je trouve que cette approche par la musique permet bien de saisir ce qui est perçu dans une image de façon intuitive, instinctive, animal. La disposition des masses, leur importance, leur force, leur rapprochement, leur positionnement respectif et vis-à-vis de l'ensemble fait sens et s'adresse à nous. Elle s'adresse à nous avec toute la profondeur de sa polysémie. A nos sens, à notre esprit mais aussi à notre cœur et nos affects.

L’unité dans la variété

La grille est un élément déterminant dans la déclinaison d’une mise en page : site internet, magazine, livre, plaquette, etc. Tous les supports qui se déclinent sur plusieurs pages gagnent énormément à utiliser une grille de mise en page. Celle-ci permet de créer de la variété, de la surprise, de la nouveauté au grès des pages tout en assurant une cohérence générale. La grille assure des rapports de proportion toujours justes, ce qui n’est pas évident si l’on s’en passe. Car comment positionner les éléments dans la page (papier ou écran, peu importe…) si on a devant soi une grande page blanche ? Le choix d’une structure et sa matérialisation sous la forme de repères de construction va permettre d’envisager la construction de la page d’une façon bien plus sereine. Voici quatre exemples de déclinaison à partir d'une grille très simple trois colonnes. Notez que l'on utilise les colonnes par une, deux ou trois ce qui offre déjà beaucoup de possibilités.

Sur une page blanche, comment positionner l’image et le texte ? Où les placer ? La grille propose des réponses, en offrant des possibilités qui ont toutes un avantage immense : quel que soit le choix retenu, la proportionnalité sera assurée. Et l’œil le voit, bien entendu ! Je ne parle pas de l’œil aguerri du graphiste mais bien de l’œil de "monsieur tout le monde". L’œil sent la proportionnalité de façon intuitive. Car la proportionnalité est partout : dans l’architecture, dans nos fenêtres, dans les lattes de notre parquet, dans le cadran de nos montres, etc. Une grille est un terrain de jeu balisé offrant des possibilités multiples (voir infinies) mais cohérentes du point de vue de leur proportionnalité.

Les types de grilles

Grille multi-colonnes
Simple grille qui divise dans sa largeur. On trouve régulièrement des grilles de deux à douze colonnes. Quelques fois, seize colonnes, et plus rarement vingt-quatre. Voici une cinq colonnes qui permet de positionner les contenus en gardant un rapport asymétrique de la page.

Grille superposée
Superposition de 2 grilles, en général simples : 2, 3 ou 5 colonnes. Ici, une deux colonnes (en rose) se superpose à une trois colonnes (en vert). Cette superposition permet de créer des espaces, des réserves, des décrochés.

Grille modulaire
La grille modulaire est un découpage du format en plusieurs modules, en général rectangulaires. Ces modules sont ensuite utilisés par 1, 2, 3, 4 etc. Cette grille permet non seulement de segmenter le contenu dans la largeur mais aussi d'avoir des points de repères dans la hauteur de la page.

Le jargon

Marges
Petit fond, grand fond, blanc de tête et blanc de pied

Colonnes
Les colonnes structurent la page. Elle consistent en une division de l'espace utile (zone entre les marges) en espaces proportionnels.

Fonds perdus
Les fonds perdus sont une zone, en général de 3mm ou 5mm autours document (ajouté au format fini donc), qui servent à garantir l'absence d'interruption des éléments graphiques au moment du massicotage.

Gouttières
Les gouttière sont les zones entre chaque colonnes. Par leur espace, elle permettent la circulation du blanc dans la page et son aération.

Ligne de force
Les lignes de forces sont arbitrairement placées dans la page, de sorte à donner une dynamique à la mise en page par l'accrochage d'éléments sur cette ligne invisible.

Règle des tiers et points de force
Le découpage du format en trois dans la largeur et dans la hauteur donne des points (4 par page) à l'intersection de ces lignes qu'on appelle point de force. Ces points de force attirent naturellement le regarde.

Règle des demis et points de force
Le découpage en deux parties de la page horizontalement et verticalement donne des points de forces au centre du format, attirant naturellement le regard.

   


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